Le coranisme

Le coranisme, c’est quoi ?

Qui sont les « coranistes » (ahl al-Qur'ân) ? Origine, idées et limites de ce courant minoritaire, à la lumière de la Sunna.

Origine des coranistes

Les « coranistes », aussi appelés ahl al-Qur’ān ou Qur’āniyyūn, forment un courant minoritaire au sein de la communauté musulmane qui rejette catégoriquement la Sunna prophétique comme source législative. Leur apparition n’est pas récente : dès les premiers siècles de l’islam, certains groupes égarés, comme certains zindiqs et extrémistes râfidha, semaient déjà les graines de cette doctrine déviante.

Cependant, leur mouvement structuré ne prend forme qu’au XIXe siècle, dans un contexte colonial britannique en Inde. Alors que les musulmans résistaient à l’occupation anglaise, certains prétendus intellectuels modernistes se mirent à écrire des ouvrages piégés, déguisés sous des discours de réforme, mais truffés d’attaques subtiles contre la Sunna.

Parmi eux : Mirza Ghulam Ahmad (fondateur du qadianisme), Ahmed Raza Khan (connu pour ses exagérations dans l’amour prophétique) et surtout Sir Sayyid Ahmad Khan, figure emblématique du rationalisme islamique moderniste, soutenu par les Britanniques. Ces derniers virent dans les coranistes un outil de division pour affaiblir la Oumma.

Leur idéologie migra ensuite au Pakistan, sous le nom de secte parwézienne, en référence à Ghulam Ahmed Parwez, farouche opposant aux hadiths. Malgré l’appui du colonialisme, leur influence resta marginale, comparée à d’autres hérésies soutenues par les puissances étrangères, comme le bahaïsme.

Une doctrine déviante

Rejet de la Sunna : une négation de l’islam

Le fondement de la doctrine coraniste est simple : seul le Coran serait digne de foi. Ils le considèrent autosuffisant, explicite, et inaltérable, contrairement aux hadiths qu’ils décrivent comme douteux, contradictoires et tardifs. Toute législation, croyance ou pratique non mentionnée explicitement dans le Coran est donc rejetée.

Cela les conduit à nier des piliers entiers de la foi islamique : châtiment dans la tombe, ascension nocturne du Prophète ﷺ, lapidation, peine d’apostasie, etc. Ils rejettent également les biographies prophétiques et les récits des Compagnons, qu’ils considèrent comme des fables mythifiées.

Or, cette approche démolit l’islam lui-même. Car sans la Sunna, comment prier ? Comment jeûner ? Comment faire le pèlerinage ? Tous ces actes sont mentionnés dans le Coran, certes, mais jamais décrits dans leurs modalités.
La Sunna ne vient pas contredire le Coran : elle l’explique, le développe, et en est le prolongement législatif.

Réfutation des arguments coranistes

Les savants musulmans, dès l’apparition de cette hérésie, ont produit des réfutations solides. L’imam As-Suyûtî affirme que celui qui rejette une parole authentique du Prophète ﷺ est mécréant, sorti de l’islam.

L’imam Ach-Châfi‘î rapella lui que le Coran lui-même impose l’obéissance au Messager ﷺ :

« Ô vous qui avez cru ! Obéissez à Allah et obéissez au Messager… » (An-Nisâ’ : 59)
« Ce que le Messager vous donne, prenez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en… » (Al-Hashr : 7)

De nombreux versets mentionnent « le Livre et la Sagesse ». Or, selon Ach-Châfi‘î et les exégètes classiques, la Sagesse désigne ici la Sunna.

Le Prophète ﷺ a également mis en garde contre ceux qui rejetteraient ses hadiths :

« Il se peut qu’un homme, allongé sur son divan, dise : ‘Nous avons le Livre d’Allah, ce que nous y trouvons de licite, nous le rendons licite, et ce que nous y trouvons d’illicite, nous l’interdisons.’ Or, ce que le Messager d’Allah a interdit est comme ce qu’Allah a interdit. »
(rapporté par Abû Dâwûd)

Ces mises en garde prophétiques, transmises par des chaînes authentiques, visaient déjà les coranistes d’aujourd’hui.

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5 commentaires

  1. Salem a3leykoum. Vous citez que des bouts de versets. 4/59 Dans ce verset, il est question de l’obéissance au messager et aux gouverneurs ! Si ce verset est interprété comme imposant de suivre la sunna, alors il impose également d’obeir aux gouverneurs au même niveau que le prophète ? C’est quoi la différence ?

    • Bonjour Abbas,

      Votre remarque est utile, car le verset doit effectivement être lu dans son ensemble. Allâh تعالى dit :

      « Ô vous qui avez cru ! Obéissez à Allâh, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. Puis, si vous vous disputez à propos d’une chose, renvoyez-la à Allâh et au Messager, si vous croyez en Allâh et au Jour dernier. Cela est meilleur et d’une meilleure interprétation. »
      (Sourate An-Nisâ’, 4:59)

      Le verset ordonne bien d’obéir aux détenteurs de l’autorité. Mais il ne les place pas au même rang qu’Allâh et Son Messager ﷺ.

      Premièrement, en arabe, le verbe « obéissez » est répété devant Allâh puis devant le Messager, mais il n’est pas répété devant les détenteurs de l’autorité. Les savants en ont déduit que leur obéissance n’est pas indépendante : elle est comprise dans l’obéissance à Allâh et à Son Messager.

      Deuxièmement, la fin du verset tranche elle-même la question : en cas de désaccord, Allâh ne demande pas de renvoyer l’affaire aux gouverneurs ; Il ordonne de la renvoyer à Allâh et au Messager. Après la mort du Prophète ﷺ, cela signifie : au Coran et à sa Sunna authentique.

      Le Prophète ﷺ a d’ailleurs posé la limite de manière explicite :

      « Il n’y a pas d’obéissance dans la désobéissance à Allâh ; l’obéissance n’est due que dans ce qui est convenable. »
      (Sahîh Muslim, n° 1840)

      Ainsi, le gouverneur est obéi dans ce qui est juste et licite ; il n’est pas suivi lorsqu’il ordonne une désobéissance. Le Messager ﷺ, lui, est obéi dans ce qu’il a authentiquement transmis de la part d’Allâh. Son autorité n’est donc pas une autorité concurrente à celle d’Allâh : elle est l’autorité que son Seigneur lui a donnée pour expliquer et transmettre la révélation.

      Shaykh Ibn Bâz رحمه الله résume cette distinction en disant que les détenteurs de l’autorité « ne sont pas obéis séparément », mais seulement dans ce qui constitue une obéissance à Allâh et à Son Messager.

      Allâh est plus savant.

      Références : Sahîh Muslim, n° 1840 · Explication de Shaykh Ibn Bâz

  2. Pareillement avec ce verset : « Ce que le Messager vous donne, prenez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en… » (Al-Hashr : 7) Si on prend le verset dans son entiereté, ça parle UNIQUEMENT du butin.

    • Bonjour Abbas,

      Vous avez raison sur un point essentiel : le début du verset parle bien du butin obtenu sans combat, le fay’. Le contexte ne doit pas être effacé. Allâh تعالى dit :

      « Ce qu’Allâh a accordé à Son Messager comme butin provenant des habitants des cités appartient à Allâh, au Messager, aux proches parents, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur démuni, afin que cela ne circule pas uniquement parmi les riches d’entre vous. Ce que le Messager vous donne, prenez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en. Craignez Allâh, car Allâh est dur en châtiment. »
      (Sourate Al-Hashr, 59:7)

      Le contexte établit donc les règles de répartition du fay’. Mais la fin du verset ne dit pas seulement : « ce qu’il vous donne de ce butin, prenez-le ». Elle ajoute : « ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en ».

      Cette formulation est générale. Si elle ne concernait que la distribution matérielle du butin, le verset aurait parlé de ce que le Messager donne ou ne donne pas. Or il parle de ses interdictions.

      Ibn Kathîr رحمه الله explique ainsi ce passage : tout ce que le Messager ﷺ ordonne doit être accompli, et tout ce qu’il interdit doit être délaissé. Il ne nie pas le contexte du butin ; il explique que le contexte est particulier, tandis que l’ordre formulé à la fin du verset est général.

      Ce sens est confirmé par d’autres versets, sans dépendre d’Al-Hashr seul. Allâh dit :

      « Quiconque obéit au Messager obéit certes à Allâh. »
      (Sourate An-Nisâ’, 4:80)

      Et Il dit également :

      « Nous avons fait descendre vers toi le Rappel afin que tu exposes clairement aux gens ce qui a été révélé pour eux. »
      (Sourate An-Nahl, 16:44)

      La Sunna n’est donc pas une législation rivale du Coran, ni une parole humaine placée au-dessus de lui. Elle est l’explication révélée et la mise en pratique du Livre d’Allâh par Son Messager ﷺ.

      C’est le sens du hadith authentique :

      « Certes, j’ai reçu le Coran et avec lui son semblable. »

      Shaykh Ibn Bâz رحمه الله explique que « son semblable » désigne la Sunna authentique : un second type de révélation, qui explique le Coran et en précise les jugements.

      Allâh est plus savant.

      Références : Tafsîr d’Ibn Kathîr sur Al-Hashr, 59:7 · Explication de Shaykh Ibn Bâz sur « le Coran et son semblable »

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